Dans tous les cas, qui dit responsabilité dit RESPONSABLE.
Le Petit Larousse (...encore lui !) nous dit que
c’est une personne “qui doit répondre de ses actes ou
de ceux des personnes dont il a la charge”, et définit également quelqu’un “qui est réfléchi, qui pèse les
conséquences de ses actes”.
Ces définitions peuvent paraître un peu rébarbatives,
mais je pense qu’il est important de saisir tout le
sens de ces termes pour qu’en transparaisse toute
la valeur... une des valeurs fortes de l’éducation à
l’environnement.
Nous parlerons ici plus précisément de la responsabilité
de l’animateur ou de l’animateur responsable, non pas
physiquement – il existe pour cela des ouvrages relatifs à la sécurité du groupe, à la prévention des accidents,
aux soins qu’il est possible de donner par l’animateur
en cas de blessure légère. Non, ce qui nous intéresse ici,
c’est la responsabilité morale de l’animateur dans ses
propos et dans ses actes.
Qu’est-ce qu’un animateur responsable ?
L’animateur responsable l’est avant tout pour lui-même,
mais s’engage également vis-à-vis de son groupe. Il
devient alors responsable de celui-ci. On pourrait croire
que cette responsabilité s’apparente à une certaine
forme d’autorité, de commandement : il n’en est rien,
bien au contraire. Cette responsabilité est positive dans
le sens où elle est éducative, car l’animateur éduque
son public.
L’animateur partage, il échange, il écoute, il observe, il
guide, menant son groupe à la découverte des richesses
du patrimoine naturel de sa région ou, à une échelle
plus grande, mène des réflexions sur les problématiques
environnementales actuelles, l’eau, les déchets,
l’énergie... Quelles que soient l’action, la thématique,
l’animateur reste un référent, celui qui sait, celui qui
porte la connaissance et les secrets de la nature. L’animateur
devient donc responsable de ses mots, de ses
actes et de ses gestes aussi. Mais, référent ou pas,
l’éducateur environnement, tout comme les êtres de
cette planète, n’a pas la science infuse. Aussi grandes
peuvent être ses compétences, il ne connaît pas tout.
Restons humble alors...
L’animateur peut, certes, raconter des “histoires”,
mais attention, pas de bobard ! Les histoires, ce sont
celles qui font rêver les petits enfants, l’arbre qui vous
parle (si, si, pour de vrai... il suffit de l’écouter !)... Et
qui parle aux enfants bien sûr, car si un gamin décèle
le secret et sait écouter, comme par magie, ce sont
tous les bambins, qui, l’oreille blottie contre l’écorce
de leur nouvel ami, entendent les chuchotements de
sa douce voix... Les histoires, ce sont celles des gnomes
ou des lutins encore qui enchantent la forêt et aident
les animaux en leur préparant quelque sirop ou autre
remède des bois... Là encore quelle joie de voir s’épanouir
les enfants dans la forêt en quête d’histoires
auxquelles ils croient... et quoi de plus beau pour un
animateur, d’être responsable de rêves... L’imaginaire a
toute sa place en éducation à l’environnement. Pas de
mensonge, que du bonheur !
Le mensonge, c’est différent, et là, la responsabilité de
l’animateur en est tout autre. Mentir sur quoi, pour
quoi ? Transmettre de fausses informations au lieu
d’accepter ses limites. L’animateur peut ne pas savoir,
mais il ne doit pas inventer pour répondre à son public.
Aucune question ne me vient à l’esprit, pourtant comme
tout éducateur environnement, je pense (et j’espère
même...), on m’a posé quelques “colles” ! Comment ne
pas répondre ? La question est là, l’animateur ne sait
pas ! Choisir de contourner le problème : ce n’est pas
très professionnel et ce n’est pas non plus enrichissant.
Inventer : ce n’est pas être un animateur responsable !
Tout simplement, avouer que l’on ne sait pas et chercher
ensemble les éventuelles réponses : ça au moins,
c’est positif, enrichissant. Cela permet l’échange et
la réflexion, la recherche et l’observation. Proposer
de trouver LA réponse en se documentant et en faire
part dès que possible au groupe : plus facile avec une
classe que l’on revoit ou dont on peut joindre aisément
l’enseignant pour lui donner l’information.
En animation, il y a aussi des sujets plus sensibles que
d’autres. Quelle doit être alors la position de l’animateur
? Doit-il d’ailleurs réellement se positionner,
prendre parti ? Le sujet auquel je pense ici, et auquel
je suis assez souvent confrontée en Sologne particulièrement,
c’est la chasse. “Pourquoi, il y a des chasseurs
?”, “Pourquoi ils tuent les animaux ?”, “Ils sont
méchants, hein ?!”. Cela dit, eux-mêmes parfois, ces
chérubins, sont les premiers à écraser les p’tites bêtes,
araignées notamment... mais là n’est pas la question.
L’animateur est responsable de son groupe, responsable
des informations qu’il lui transmet, responsable de
ses engagements. Étant moi-même partie prenante du
milieu cynégétique, je pourrais bien dire que “chasser
c’est bien”, mais, à quoi bon ? Tout comme celui qui
ne chasse pas ou n’aime pas la chasse ne devra pas
dire “chasser c’est mal”. L’animateur, éducateur, doit
donner les moyens à son public de se forger lui-même
sa propre opinion sur un sujet, sans prendre parti. L’animateur
n’est pas là pour donner ses idées, il ne doit pas
encombrer les petites têtes pensantes de ce qu’il pense
lui. L’animateur explique pourquoi, il éduque, il guide
son public dans les choix que celui-ci aura à faire, mais
jamais il ne prend position à sa place.
Voilà trois exemples pour lesquels l’éducateur environnement
est responsable de ses propos, de ce qu’il
transmet à son public. Au-delà des mots, je poursuivrai
sur les actes, car l’animateur est également responsable
de ses faits et ses gestes.
Anecdote
Il m’est arrivé une fois de me surprendre (hé oui !) à pousser un affreux hurlement devant une classe
de primaire face à une larve de dytique (pas tout à
fait inoffensive mais bon...) qui m’avait surprise en
bougeant un peu trop ! Quelle image ! Une matinée
à pêcher, récolter, rassembler les petites bêtes de la
mare, enrayer l’appréhension de certains enfants, leur
apprendre à manipuler en douceur et sans crainte ces
petites bêtes bizarres, à les observer sereinement... et
me voilà qui crie et qui sursaute ! Ce comportement n’a
eu aucune incidence sur le groupe, car je me suis mise à rire... de moi ! Mais comme quoi, les gestes parfois,
ne préviennent pas. Celui-ci peut paraître anodin, mais
attention, l’animateur responsable doit faire preuve de
cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait ! Si celui qui éduque à l’environnement a déjà lui-même reçu cette éducation et se sent responsable de ses actes, les dérapages
peuvent avoir des conséquences sur la crédibilité
de l’animateur, l’image qu’il renvoie, la cohérence de
ses propos.
Mais au final, l’animateur responsable, celui qui assume
ses responsabilités envers le groupe, celui qui explique,
mais qui laisse le choix, celui qui est responsable et
cohérent dans ses actes, n’a-t-il pas pour mission de
responsabiliser son public ? Tout ce qu’il transmet, ses échanges avec son public, son regard sur la nature et
sur les problématiques environnementales, ce qu’il
partage, ses découvertes, ses observations et celles des
autres ont un objectif commun : favoriser un comportement
responsable du public, le rendre conscient
de ses responsabilités, pour que demain, celui-ci soit capable, en tant que citoyen, de participer activement à
la protection de l’environnement et au développement
durable, d’agir à son échelle. Respect de la vie, responsabilité,
solidarité sont ici les maîtres mots.
Être responsable, c’est respecter l’autre, respecter ses
choix, sans lui imposer notre façon d’être et d’agir. À chacun de prendre ses propres décisions. C’est être
responsable de nos paroles et de nos actes. C’est accepter
la différence de l’autre. C’est être tolérant. C’est
vivre côte à côte, sans intervenir sans cesse dans la vie
de l’autre, par des actes, des mots. C’est laisser à l’autre
son droit d’être autonome et différent. Chacun est
responsable de lui-même. Alors prenons nos responsabilités,
assumons-les... et avant tout, soyons humainement
responsables !
Respecte ton
Environnement
Sois solidaire
Partage
Ouvres-toi aux autres
Nourris ta soif de découvertes
Sent, goûte, touche, écoute, observe
Agis dans une démarche de Développement Durable, à ton niveau
Bannis l’
Indifférence,
Loue l’
Implication,
Transmets ta passion
Et sois cohérent. |