6e colege Jean Renoir Bourges

La responsabilité

Par Marie Schricke-Doyen

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre
Hors Série 2008

 

 

Il existe plusieurs définitions pour ce mot.
D’après le Petit Larousse, c’est avant tout la “capacité de prendre une décision sans en référer préalablement à une autorité supérieure”.
C’est également le “fait pour quelqu’un, quelque chose d’être à l’origine d’un dommage”.
Enfin, “l’obligation de réparer une faute, de remplir une charge, un engagement”.

 

 

 

 

 

 
 

Dans tous les cas, qui dit responsabilité dit RESPONSABLE. Le Petit Larousse (...encore lui !) nous dit que c’est une personne “qui doit répondre de ses actes ou de ceux des personnes dont il a la charge”, et définit également quelqu’un “qui est réfléchi, qui pèse les conséquences de ses actes”.

Ces définitions peuvent paraître un peu rébarbatives, mais je pense qu’il est important de saisir tout le sens de ces termes pour qu’en transparaisse toute la valeur... une des valeurs fortes de l’éducation à l’environnement.

Nous parlerons ici plus précisément de la responsabilité de l’animateur ou de l’animateur responsable, non pas physiquement – il existe pour cela des ouvrages relatifs à la sécurité du groupe, à la prévention des accidents, aux soins qu’il est possible de donner par l’animateur en cas de blessure légère. Non, ce qui nous intéresse ici, c’est la responsabilité morale de l’animateur dans ses propos et dans ses actes.

Qu’est-ce qu’un animateur responsable ?

L’animateur responsable l’est avant tout pour lui-même, mais s’engage également vis-à-vis de son groupe. Il devient alors responsable de celui-ci. On pourrait croire que cette responsabilité s’apparente à une certaine forme d’autorité, de commandement : il n’en est rien, bien au contraire. Cette responsabilité est positive dans le sens où elle est éducative, car l’animateur éduque son public.

L’animateur partage, il échange, il écoute, il observe, il guide, menant son groupe à la découverte des richesses du patrimoine naturel de sa région ou, à une échelle plus grande, mène des réflexions sur les problématiques environnementales actuelles, l’eau, les déchets, l’énergie... Quelles que soient l’action, la thématique, l’animateur reste un référent, celui qui sait, celui qui porte la connaissance et les secrets de la nature. L’animateur devient donc responsable de ses mots, de ses actes et de ses gestes aussi. Mais, référent ou pas, l’éducateur environnement, tout comme les êtres de cette planète, n’a pas la science infuse. Aussi grandes peuvent être ses compétences, il ne connaît pas tout. Restons humble alors...

L’animateur peut, certes, raconter des “histoires”, mais attention, pas de bobard ! Les histoires, ce sont celles qui font rêver les petits enfants, l’arbre qui vous parle (si, si, pour de vrai... il suffit de l’écouter !)... Et qui parle aux enfants bien sûr, car si un gamin décèle le secret et sait écouter, comme par magie, ce sont tous les bambins, qui, l’oreille blottie contre l’écorce de leur nouvel ami, entendent les chuchotements de
sa douce voix... Les histoires, ce sont celles des gnomes ou des lutins encore qui enchantent la forêt et aident les animaux en leur préparant quelque sirop ou autre remède des bois... Là encore quelle joie de voir s’épanouir les enfants dans la forêt en quête d’histoires auxquelles ils croient... et quoi de plus beau pour un animateur, d’être responsable de rêves... L’imaginaire a toute sa place en éducation à l’environnement. Pas de mensonge, que du bonheur !

Le mensonge, c’est différent, et là, la responsabilité de l’animateur en est tout autre. Mentir sur quoi, pour quoi ? Transmettre de fausses informations au lieu d’accepter ses limites. L’animateur peut ne pas savoir, mais il ne doit pas inventer pour répondre à son public. Aucune question ne me vient à l’esprit, pourtant comme tout éducateur environnement, je pense (et j’espère même...), on m’a posé quelques “colles” ! Comment ne pas répondre ? La question est là, l’animateur ne sait pas ! Choisir de contourner le problème : ce n’est pas très professionnel et ce n’est pas non plus enrichissant. Inventer : ce n’est pas être un animateur responsable ! Tout simplement, avouer que l’on ne sait pas et chercher ensemble les éventuelles réponses : ça au moins, c’est positif, enrichissant. Cela permet l’échange et la réflexion, la recherche et l’observation. Proposer de trouver LA réponse en se documentant et en faire part dès que possible au groupe : plus facile avec une classe que l’on revoit ou dont on peut joindre aisément l’enseignant pour lui donner l’information.

En animation, il y a aussi des sujets plus sensibles que d’autres. Quelle doit être alors la position de l’animateur ? Doit-il d’ailleurs réellement se positionner, prendre parti ? Le sujet auquel je pense ici, et auquel je suis assez souvent confrontée en Sologne particulièrement, c’est la chasse. “Pourquoi, il y a des chasseurs ?”, “Pourquoi ils tuent les animaux ?”, “Ils sont méchants, hein ?!”. Cela dit, eux-mêmes parfois, ces chérubins, sont les premiers à écraser les p’tites bêtes, araignées notamment... mais là n’est pas la question. L’animateur est responsable de son groupe, responsable des informations qu’il lui transmet, responsable de ses engagements. Étant moi-même partie prenante du milieu cynégétique, je pourrais bien dire que “chasser c’est bien”, mais, à quoi bon ? Tout comme celui qui ne chasse pas ou n’aime pas la chasse ne devra pas dire “chasser c’est mal”. L’animateur, éducateur, doit donner les moyens à son public de se forger lui-même sa propre opinion sur un sujet, sans prendre parti. L’animateur n’est pas là pour donner ses idées, il ne doit pas encombrer les petites têtes pensantes de ce qu’il pense lui. L’animateur explique pourquoi, il éduque, il guide son public dans les choix que celui-ci aura à faire, mais jamais il ne prend position à sa place.

Voilà trois exemples pour lesquels l’éducateur environnement est responsable de ses propos, de ce qu’il transmet à son public. Au-delà des mots, je poursuivrai sur les actes, car l’animateur est également responsable de ses faits et ses gestes.

Anecdote

Il m’est arrivé une fois de me surprendre (hé oui !) à pousser un affreux hurlement devant une classe de primaire face à une larve de dytique (pas tout à fait inoffensive mais bon...) qui m’avait surprise en bougeant un peu trop ! Quelle image ! Une matinée à pêcher, récolter, rassembler les petites bêtes de la mare, enrayer l’appréhension de certains enfants, leur apprendre à manipuler en douceur et sans crainte ces petites bêtes bizarres, à les observer sereinement... et me voilà qui crie et qui sursaute ! Ce comportement n’a eu aucune incidence sur le groupe, car je me suis mise à rire... de moi ! Mais comme quoi, les gestes parfois, ne préviennent pas. Celui-ci peut paraître anodin, mais attention, l’animateur responsable doit faire preuve de cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait ! Si celui qui éduque à l’environnement a déjà lui-même reçu cette éducation et se sent responsable de ses actes, les dérapages peuvent avoir des conséquences sur la crédibilité de l’animateur, l’image qu’il renvoie, la cohérence de ses propos.

Mais au final, l’animateur responsable, celui qui assume ses responsabilités envers le groupe, celui qui explique, mais qui laisse le choix, celui qui est responsable et cohérent dans ses actes, n’a-t-il pas pour mission de responsabiliser son public ? Tout ce qu’il transmet, ses échanges avec son public, son regard sur la nature et sur les problématiques environnementales, ce qu’il partage, ses découvertes, ses observations et celles des autres ont un objectif commun : favoriser un comportement
responsable du public, le rendre conscient de ses responsabilités, pour que demain, celui-ci soit capable, en tant que citoyen, de participer activement à la protection de l’environnement et au développement durable, d’agir à son échelle. Respect de la vie, responsabilité, solidarité sont ici les maîtres mots.

Être responsable, c’est respecter l’autre, respecter ses choix, sans lui imposer notre façon d’être et d’agir. À chacun de prendre ses propres décisions. C’est être responsable de nos paroles et de nos actes. C’est accepter la différence de l’autre. C’est être tolérant. C’est vivre côte à côte, sans intervenir sans cesse dans la vie de l’autre, par des actes, des mots. C’est laisser à l’autre son droit d’être autonome et différent. Chacun est responsable de lui-même. Alors prenons nos responsabilités, assumons-les... et avant tout, soyons humainement responsables !

Respecte ton
E
nvironnement
S
ois solidaire
P
artage
O
uvres-toi aux autres
N
ourris ta soif de découvertes
S
ent, goûte, touche, écoute, observe
A
gis dans une démarche de Développement Durable, à ton niveau
B
annis l’
I
ndifférence,
L
oue l’
I
mplication,
T
ransmets ta passion
E
t sois cohérent.