Philippe ZARIFIAN, professeur de sociologie, et dont le
thème de ses recherches actuelles porte sur la mondialité
avec comme idée centrale la question écologique,
affirme que “nous sommes dans une période où
l’éthique prend le pas sur la morale”.
Valeurs, morales, éthiques… L’usage approprié de ces
mots passe par leur nécessaire redéfinition, cet exercice
permettant de mettre un peu d’ordre dans nos idées,
certes riches et diversifiées, mais parfois embrouillées.
P. ZARIFIAN pose les mots “morale” et “éthique” en
opposition sémantique.
La morale revient à un ensemble de normes et de
règles qui orientent nos comportements dans le but
premier de maintenir l’ordre et la paix dans une société
encline à la cruauté et l’insécurité. Elle peut avoir été
élaborée démocratiquement mais elle est toujours
contraignante. Pour résumer, la morale est en tension
entre deux pôles : le BIEN (des préceptes) et le MAL (des
interdits).
En revanche, l’éthique est un ensemble de principes de
vie et intègre une certaine conception des rapports à la
nature. Le respect dû à son propre corps constituerait la
première éthique de la vie. L’éthique est donc à la fois
personnelle et universelle. La référence en est le processus
vital lui-même et non pas la société. Un positionnement éthique nous conduit donc à considérer non plus
le BIEN et le MAL mais le BON et le MAUVAIS. Il s’élabore
par trois processus combinés qui sont l’acquisition
de connaissances rigoureuses sur l’écosphère (à tous les
niveaux, et ce, en passant par des savoirs biologiques),
les expériences de la vie qui aident à discriminer le bon
et le mauvais, et les convictions personnelles qui se
nourrissent elles-mêmes du vécu, des cultures…
Nos valeurs reposeraient donc soit sur des champs
spéculatifs soit sur des champs d’actions pratiques,
les secondes s’inspirant des premières. Les éthiques
spéculatives se réfèrent aux discours concernant la
place de l’Homme dans la nature et sont d’ordre philosophique.
P. ZARIFIAN en fait un classement très simple
et chargé de bon sens : d’une part les éthiques de la
LIBERTÉ et d’autre part les éthiques de l’AMITIÉ.
Les éthiques de la liberté renvoient à tout ce qui favorise
le renforcement des capacités de penser et de la
puissance d’action dans des domaines les plus divers
possibles. La maladie et la haine entravent le cheminement
positif de la pensée et restreignent la liberté. En
revanche, un bon usage de la nature fait grandir notre
pensée.
Les éthiques de l’amitié couvrent toutes les valeurs
faisant référence au respect et à la solidarité. Leurs mises
en pratique aident à une propagation non violente des
messages pour davantage d’amour et de liberté au sein
de l’humanité. Par ailleurs, ce sont bien les éthiques
de l’amitié qui permettent de parler de protection de
notre environnement. C’est là que se niche le nécessaire “amour de la nature” pour que le genre humain
prenne vraiment ses responsabilités. “Prendre soin
de…” “Avoir le souci de…” En cela, et ceci rejoint les
propos du philosophe D. BOURG (L’Homme artifice,
1996), l’Homme aura toujours une position centrale
dans le monde car son pouvoir potentiel sur la nature
est désormais tel que le devoir de responsabilité lui
incombe, à lui seul, entre toutes les espèces vivantes.
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