6e colege Jean Renoir Bourges

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre
Hors Série 2008

 

 


Des principes moraux
aux éthiques de la liberté
et de l'amitié

 

Philippe ZARIFIAN, professeur de sociologie, et dont le thème de ses recherches actuelles porte sur la mondialité avec comme idée centrale la question écologique, affirme que “nous sommes dans une période où l’éthique prend le pas sur la morale”.

Valeurs, morales, éthiques… L’usage approprié de ces mots passe par leur nécessaire redéfinition, cet exercice permettant de mettre un peu d’ordre dans nos idées, certes riches et diversifiées, mais parfois embrouillées. P. ZARIFIAN pose les mots “morale” et “éthique” en opposition sémantique.

La morale revient à un ensemble de normes et de règles qui orientent nos comportements dans le but premier de maintenir l’ordre et la paix dans une société encline à la cruauté et l’insécurité. Elle peut avoir été élaborée démocratiquement mais elle est toujours contraignante. Pour résumer, la morale est en tension entre deux pôles : le BIEN (des préceptes) et le MAL (des interdits).

En revanche, l’éthique est un ensemble de principes de vie et intègre une certaine conception des rapports à la nature. Le respect dû à son propre corps constituerait la première éthique de la vie. L’éthique est donc à la fois personnelle et universelle. La référence en est le processus vital lui-même et non pas la société. Un positionnement éthique nous conduit donc à considérer non plus le BIEN et le MAL mais le BON et le MAUVAIS. Il s’élabore par trois processus combinés qui sont l’acquisition de connaissances rigoureuses sur l’écosphère (à tous les niveaux, et ce, en passant par des savoirs biologiques), les expériences de la vie qui aident à discriminer le bon et le mauvais, et les convictions personnelles qui se nourrissent elles-mêmes du vécu, des cultures…

Nos valeurs reposeraient donc soit sur des champs spéculatifs soit sur des champs d’actions pratiques, les secondes s’inspirant des premières. Les éthiques spéculatives se réfèrent aux discours concernant la place de l’Homme dans la nature et sont d’ordre philosophique. P. ZARIFIAN en fait un classement très simple et chargé de bon sens : d’une part les éthiques de la LIBERTÉ et d’autre part les éthiques de l’AMITIÉ.

Les éthiques de la liberté renvoient à tout ce qui favorise le renforcement des capacités de penser et de la puissance d’action dans des domaines les plus divers possibles. La maladie et la haine entravent le cheminement positif de la pensée et restreignent la liberté. En revanche, un bon usage de la nature fait grandir notre pensée.

Les éthiques de l’amitié couvrent toutes les valeurs faisant référence au respect et à la solidarité. Leurs mises en pratique aident à une propagation non violente des messages pour davantage d’amour et de liberté au sein de l’humanité. Par ailleurs, ce sont bien les éthiques de l’amitié qui permettent de parler de protection de notre environnement. C’est là que se niche le nécessaire “amour de la nature” pour que le genre humain prenne vraiment ses responsabilités. “Prendre soin de…” “Avoir le souci de…” En cela, et ceci rejoint les propos du philosophe D. BOURG (L’Homme artifice, 1996), l’Homme aura toujours une position centrale dans le monde car son pouvoir potentiel sur la nature est désormais tel que le devoir de responsabilité lui incombe, à lui seul, entre toutes les espèces vivantes.