Effectivement, la nature nous le rappelle : comment ne
pas être humble face à la création ? L’homme aurait-il
oublié ses origines ? Nous sommes des animaux, certes évolués (au regard du critère de la complexité), mais
des animaux intégrés dans l’écosphère. La nature n’a eu
de cesse de créer et de faire évoluer le vivant.
Qu’est-ce que nous sommes face à un ouragan, un
tremblement de terre, une éruption volcanique ? Nous
devons admettre que nous pouvons disparaître sans
autre forme de procès, comme tout être vivant de cette
planète. Mais, dans bien des cas, l’espèce humaine se
sent forte, parfois même, elle pense avoir dompté cette
nature initialement si imprévisible et si sauvage. Et
nous en avons même oublié les principes de base de
la vie sur terre, et nous exploitons, dévalisons, pillons
notre propre maison.
L’éducateur est-il humble ? Il peut avoir l’impression de
posséder le savoir, d’avoir raison donc de donner des
leçons et de juger. “Il est le sauveur de la planète…”
Il est souvent pétri de convictions. Il ne ménage pas son
engagement voire son militantisme. Mais alors, est-ce
que l’humilité est compatible avec des convictions et
des valeurs ?
Mais est-ce que être humble n’est pas aussi une forme
d’hypocrisie ? En effet, si l’on se réfère à une définition
d’encyclopédie, l’humilité consiste à “se placer
volontairement”, et donc sciemment, “en dessous de
sa position, de sa valeur”. On feint d’être humble, mais
au fond de soi, on a toujours une part de vanité. Pour
Gandhi, l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie, l’humble
n’a pas conscience de son humilité.
De plus, dans le sentiment d’humilité, on peut suspecter
une forme de soumission. Ne sommes-nous pas
soumis à la nature ? Cette nature ne deviendrait-elle
pas notre “Dieu” ? Et du coup, ne sommes-nous pas des éducateurs de la secte “Environnement” ? François de
La Rochefoucauld va plus loin. Pour lui l’humilité n’est
souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour
soumettre les autres. À méditer…
Si l’humilité est une valeur de l’éducation à l’environnement,
comment se manifeste-t-elle ? Comment
l’éducateur la met-elle en pratique ?
Peut-être que l’éducateur peut tendre vers l’humilité
en se remettant régulièrement en question et en
s’auto-évaluant. Elle se manifeste dans sa façon d’être, à travers son langage, son ouverture d’esprit, sa tolérance,
l’attention qu’il porte à son public.
L’éducateur à l’environnement “idéal” tend à s’inscrire
dans une démarche de partage et de mutualisation
des expériences, des connaissances. Il ne cherche pas à se placer comme détenteur du savoir. C’est parce
qu’il soumet son avis plutôt que de l’imposer qu’il y
parvient.
Il est très difficile de trouver un exemple précis. Quel
est l’éducateur qui est capable de dire “voilà sur cette
animation, avec ce public, j’ai été humble…”.
Et notre public, nos apprenants, sont-ils humbles ?
Ni plus ni moins que nous, éducateurs. Par contre, nous
pouvons peut-être les amener à plus d’humilité, notamment
en les replaçant face à la nature et en renouant ce
lien bien souvent disparu.
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