Tous ensemble…
Quand on demande aux stagiaires en début de formation
ce qu’est pour eux l’animateur idéal ou encore
quand on établit des règles de vie au début d’un
séjour de vacances, à chaque fois, vous êtes certains
de retrouver les notions de respect, de solidarité…
La solidarité est également une des valeurs clés du
développement durable. Elle doit s’exercer envers
les populations les plus pauvres, mais aussi envers les
générations futures.
C’est donc tout naturellement que la solidarité est LA
valeur fondamentale de l’éducation à l’environnement
et plus globalement, de l’éducation populaire.
Nous sommes donc unanimes sur le sujet. Mais quand
il s’agit de la mettre en pratique, force est de constater
que cela devient bien plus difficile.
L’Homme est devenu étranger à sa nature - pourtant
originelle. Nous ne sommes plus dans l’environnement
mais à côté (au-dessus ?!). La technologie nous
domine et favorise, entre autres, l’individualisme.
Les attaques à l’environnement. Les conflits. Le
manque de solidarité. La solidarité entre les individus
est pourtant la condition nécessaire à une société
plus juste et plus harmonieuse. Il ne suffit pas que des
individus vivent libres et égaux pour se rapprocher de
cet idéal, encore faut-il qu’ils se montrent solidaires
entre eux.
Malgré un retour de l’engagement associatif
(15 millions de bénévoles oeuvrant dans plus
d’1 million d’associations en France1) et une prise de
conscience collective sur l’état de la planète, on assiste
à une crise. Crise sociale : logement, chômage, pouvoir
d’achat de plus en plus bas… qui prend malheureusement
le dessus sur la crise environnementale. Compréhensible,
certes. Les deux sont pourtant bien liées.
L’enjeu principal de l’éducation à l’environnement
n’est-il pas, justement, de réinsérer les hommes
dans ce vaste écosystème qu’est la Terre ? Comment
pouvons-nous transmettre cette valeur fondamentale à travers nos actions ?
… pour notre planète
La dégradation de l’environnement et l’épuisement
des ressources menacent la qualité de vie et la survie
de notre espèce. Nous avons oublié que l’environnement était notre seul et unique habitat, notre capital
en air, en eau, en énergie… “(…) Il n’y pas de planète
de rechange !” (Albert Jacquard).
C’est pourquoi nous devons développer un sens du
partage équitable des ressources naturelles planétaires.
Il s’agit de défendre notre patrimoine commun qu’il convient de bien gérer pour aujourd’hui et
pour demain.
Un monde injuste…
- En 40 ans, les richesses mondiales ont été multipliées
par 8. Alors que…
- 1 être humain sur 2 vit aujourd’hui avec moins de 2 $ par jour.
Pourtant selon le PNUD (programme des nations unies
pour le développement), 9 % des dépenses militaires
mondiales annuelles, 8 % des dépenses publicitaires
ou encore 50 % de la fortune des 4 personnes les plus
riches du monde suffiraient pour garantir l’éducation,
la santé, l’eau potable, l’alimentation… à tous.
Je me souviens de cette animation menée dans le
cadre de ma formation BEATEP, j’y étais alors stagiaire.
Nous devions mettre en place une table ronde. Avec
une collègue, j’avais proposé justement la solidarité.
Un intervenant avait fait le déplacement et nous avait
parlé de ses expériences au sein d’une ONG. Le débat
avait été suivi par une animation intitulée le “jeu des
chaises2”. L’objectif de ce jeu était de faire prendre
conscience des inégalités dans le monde et des disparités
Nord/Sud.
Cela commence par : “Nous voici dans le monde, vous
en êtes les habitants… Chacun d’entre vous représente
x millions d’habitants - ici nous étions 16, et représentions
chacun 383 millions d’habitants. En prenant en
compte cette donnée, à vous de vous répartir dans les
différents continents (le nom de chaque continent est
affiché) - il y a l’Afrique, l’Asie, les pays occidentaux…
- afin de symboliser la répartition de la population
mondiale”. Petit point démographique et rééquilibrage
si besoin.
On travaille ensuite sur l’utilisation des ressources
naturelles, symbolisées ici par les marrons. Ceux-ci
représentent l’ensemble des ressources naturelles
utilisées par la planète. Les sous-groupes continentaux
font leur estimation en mettant autant de marrons
devant eux qu’ils croient correspondre. L’animateur
donne ensuite les chiffres réels et approuve ou corrige
la symbolisation.
“…Pour finir, nous allons nous pencher sur la richesse
mondiale symbolisée par les 16 chaises. L’animateur
indique que chaque chaise représente x millions de
dollars (1 chaise = 2 819 milliards de dollars pour
16 joueurs).” Le groupe répartit les chaises sous les
affichettes. L’animateur donne ensuite les chiffres
réels et corrige la symbolisation.
Pour terminer l’exercice, les habitants doivent occuper
toutes les chaises. Aucune chaise ne doit rester inutilisée
et aucun habitant ne peut rester au sol. Comme à “chat perché”, il faut grimper sur les chaises vides.
Rires assurés de voir les pays industrialisés étalés sur
leurs chaises vides face aux asiatiques qui s’accrochent
en grappes sur de trop rares sièges…
Comment transmettre cette valeur dans nos
actions d’éducation ?
“Apprendre à vivre ensemble implique nécessairement
une pratique qui favorise, outre l’acquisition de
connaissances simples, l’adoption de comportements
respectueux des autres et la prise de conscience des
valeurs civiques. C’est l’occasion de réfléchir aux
nécessaires solidarités qui s’imposent aux enfants
comme aux adultes.”
Programmes de l’École Élémentaire, 2002.
1/ Et si nous commencions par la mettre en pratique
au quotidien ?
- Dans nos structures, en sachant travailler en équipe et en privilégiant le partenariat – point
fondamental de la pédagogie de projet. Pas
uniquement un partenariat technique ou financier.
Un vrai partenariat. N’hésitez pas à solliciter
enseignants, parents, associations, autres structures…
quand vous vous lancez dans le montage
d’un projet. Ceci favorise le “travailler ensemble”
et permet d’échanger des techniques et des points
de vue différents.
- Dans notre vie personnelle, en réapprenant à vivre
avec l’autre, sans jugement. La solidarité est un
comportement où chacun s’engage. Elle participe à développer l’esprit critique et un dialogue
tolérant.
2/ Avec des méthodes pédagogiques adaptées et des
objectifs comportementaux (les savoir être) comme
cet exemple ludique.
Les jeux coopératifs :
mettre en pratique la solidarité en jouant
“La bouteille à la mer” (ou “bouteille ivre”)
peut y contribuer. Il s’agit de former un cercle en étant collés les uns aux autres (à adapter selon
le nombre de participants). Une personne raide
comme une bouteille est ballottée par les vagues
(les autres joueurs) jusqu’à s’échouer sur la plage...
Les autres participants doivent vous rattraper
doucement, et accompagner votre déambulation
de mains en mains. Attention de ne pas “casser”
la bouteille ! En début de stage ou de formation
ce petit jeu permet de renforcer la confiance dans
un groupe.
“La chaise” : Ici le but du jeu est de s’asseoir sur
les genoux des autres. Tout en formant un cercle,
les participants se placent épaule contre épaule.
Ensuite chacun pivote d’un 1/4 de tour vers la
droite et d’un petit pas vers l’intérieur du cercle.
Au signal, chaque joueur tente de s’asseoir sur les
genoux de la personne derrière lui. Il faut tenir
le plus longtemps possible dans cette position. Au
moindre mouvement, tout s’écroule ! À l’opposé des jeux compétitifs où il y a forcément
des gagnants et des perdants, les jeux coopératifs
sont un bon moyen de jouer autrement. Le principe
repose sur la poursuite d’un objectif commun
qui ne pourra être atteint que grâce à l’entraide
entre les joueurs. Il ne s’agit pas de gagner
sur l’adversaire mais de faire équipe et cause
commune pour gagner ensemble… ou de perdre
ensemble si l’équipe s’est mal organisée. Les jeux
coopératifs sont de remarquables outils d’animation,
d’observation, de connaissance de soi et des
autres. Ils participent pleinement à l’éducation et
donnent à la solidarité une dimension essentielle
de la vie en société.
L’acquisition de nouvelles attitudes vis-à-vis de la
nature et de l’environnement devient une urgence, du
geste le plus simple à une prise de conscience responsable
des équilibres à sauvegarder.
Parce qu’il faut commencer par intégrer ces valeurs
dans notre quotidien. “Un autre monde est possible”,
à partir des villes et des quartiers : chacun peut exercer
une citoyenneté solidaire où il vit, étudie, milite… Pour
faciliter des échanges solidaires au niveau mondial. En
résumé, être solidaire pour les générations futures.
1 Étude Matisse, Centre d’Économie de la Sorbonne et CNRS, dirigée par Viviane Tchernonog, parue en octobre 2007.
2 Source : ITECO, extrait du recueil d’activités d’Éducation au développement d’Artisans du Monde
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