6e colege Jean Renoir Bourges

Former à l'autonomie

Par Marie Schricke-Doyen

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre
Hors Série 2008

 

 

“En philosophie morale, l’autonomie est la faculté d’agir par soimême en se donnant sa propre loi ; l’autonomie est une liberté
intérieure, une capacité à choisir de son propre chef, sans se laisser dominer par ses tendances, ni se laisser dominer de façon servile par une autorité extérieure. Cependant, l’autonomie est à construire dans l’éducation : aucun humain ne saurait être autonome naturellement.”

Source Wikipédia

 

 

 

 

 

 
 

L’éducateur à l’environnement aurait-il alors son rôle dans cet apprentissage de l’autonomie ? Quelle forme d’autonomie souhaite-t-il développer chez son public ? Et comment lui donner les moyens de l’atteindre ? Autant de questions qui se bousculent autour de cette valeur incontournable… car être autonome, c’est être libre, c’est assumer ses différences, c’est prendre le risque de s’affirmer (émotions, valeurs), c’est faire des choix. C’est être soi, tout simplement et s’assumer en tant que tel.

Chacun, dans son domaine de compétence, peut aider l’autre à accéder à l’autonomie. En terme d’éducation à l’environnement, l’objectif est clair pour moi : donner au public les moyens de devenir un écocitoyen responsable, capable de faire ses propres choix, d’être acteur de l’environnement en participant aux débats sur la protection de la nature et sur le développement durable, capable de s’engager.

Comment faire en pratique ? Le public a déjà des acquis, savoirs et savoir-faire. Ils sont parfois bien enfouis, mais en creusant un peu, en les sollicitant, on découvre des trésors cachés. Ces connaissances théoriques restent une base solide, mais la pratique doit vite prendre le relais car c’est elle qui amène le public à se questionner, prendre conscience.

Je m’appuierai sur l’exemple d’une classe de lycéens en formation Gestion et Protection de la Nature. Le meilleur professeur ne remplacera jamais une sortie sur le terrain. Il aura beau expliquer en long, en large et en travers la gestion des zones humides, l’évolution du milieu, les aménagements à mettre en place pour le restaurer, rien ne vaudra un chantier d’entretien où les élèves pourront eux-mêmes faire l’analyse, le diagnostic et mettre la théorie en pratique de leurs propres mains. C’est cette prise de conscience sur le terrain qui va les amener à être responsables, à respecter… à accéder progressivement à l’autonomie.

L’exemple précité est transposable dans le cas de jeunes enfants : l’éducateur à l’environnement les laissera explorer, prendre des risques, avec juste ce qu’il faut de soutien pour qu’ils acquièrent confiance et solidité. La petite plante qui est en eux ne pourra grandir et s’épanouir que si le tuteur qui les soutient les prépare à l’autonomie. Ils se libéreront facilement d’un “bon” tuteur, alors qu’ils resteront dépendants du “mauvais” sans lequel ils se sentiraient perdus et tomberaient.

Accéder à l’autonomie est donc une lourde tâche, à la fois pour la personne qui tend vers cet état que pour l’éducateur qui l’aide dans cet apprentissage difficile :

  • former à l’autonomie, c’est être capable à un moment donné d’être présent, d’accompagner vers la peur de l’inconnu, de soutenir, de rassurer, de poser les bonnes questions pour permettre à l’autre de construire les bonnes réponses,
  • former à l’autonomie, c’est aussi se détacher de l’autre, pour éviter une certaine forme de dépendance affective et sécurisante qui l’inhiberait dans sa conquête d’autonomie,
  • former à l’autonomie, c’est donner à l’autre les moyens de réinvestir ses savoirs dans un contexte différent de celui dans lequel il les a construits, afin de les transformer en compétences.

Pour cela, l’éducateur à l’environnement devra prendre quelques précautions : doser au plus juste les apprentissages, en tenant compte du niveau des apprenants, afin de ne pas les décourager ni les mettre en situation d’échec. Il s’agit bien d’accompagner les personnes en formation, de susciter leur curiosité, leur questionnement, leur volonté d’aller plus loin, de réfléchir avant d’agir.

Utiliser la pédagogie de projet peut être pour l’éducateur un moyen aisé de favoriser l’accès à l’autonomie. Un projet est une sorte de défi. Il mobilise des ressources cognitives jusque-là inexploitées ou tout du moins exercées dans un tout autre contexte. En pédagogie de projet, l’adolescent, l’enfant deviennent acteurs. Ils peuvent alors prendre conscience de leurs acquis en veille, les réactiver mais aussi les développer. En mobilisant des savoirs et des savoir-faire, la démarche de projet leur permet de construire des compétences, de s’émanciper, de s’interroger sur la valeur de leurs actes, de regarder droit devant sur le long terme… de devenir autonomes.

L’autonomie se construit dans la rencontre, le partage, l’échange, au cours d’apprentissages. Elle s’épanouit à l’occasion d’obstacles inattendus, d’expériences fortes et marquantes. Elle s’acquiert lentement mais sûrement au terme d’épreuves, de pratiques ou de mises en situation qui renforceront la confiance en soi, l’affirmation de soi, la capacité à faire des choix et de les négocier.

Le chemin vers l’autonomie est long et sinueux. En tant qu’éducateurs à l’environnement, maillons de la chaîne qui mène à l’autonomie, notre rôle est d’aider ces petites graines à devenir des écocitoyens responsables et autonomes, conscients de leurs actes et des valeurs qu’ils véhiculent.

Bonne chance dans cette tâche… la liberté est au bout !